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Un nouveau dirigeant, un nouvel actionnaire, des nouvelles perspectives

Entretien avec Mario Grotz, Président, et Marc Reiffers, CEO

DEUX ÉVÉNEMENTS IMPORTANTS AURONT MARQUÉ L’ANNÉE 2018 : L’ENTRÉE FIN JUILLET DU GROUPE ÉNERGÉTIQUE CHINA SOUTHERN POWER GRID DANS L’ACTIONNARIAT DU GROUPE ENCEVO ET LA NOMIMATION EN SEPTEMBRE DE MARC REIFFERS AU POSTE DE CEO REMPLAÇANT CLAUDE SEYWERT PARTI PRENDRE LA DIRECTION DU GROUPE ENCEVO. DÉSORMAIS, CREOS ATTEINT NON SEULEMENT UNE STATURE INTERNATIONALE AVEC CE NOUVEL ACTIONNAIRE, LE DEUXIÈME PLUS GRAND OPÉRATEUR AU MONDE, MAIS VEUT AUSSI ACQUÉRIR, SOUS L’IMPULSION DE SON NOUVEAU PATRON, UNE DIMENSION PLUS ORIENTÉE CLIENT.

Monsieur Reiffers, pouvez-vous décrire brièvement votre parcours professionnel avant votre arrivée chez Creos ? Comment envisagez-vous votre nouvelle mission ? 

Marc Reiffers : J’ai passé une vingtaine d’années dans la sidérurgie luxembourgeoise où j’ai exercé différentes fonctions, aussi bien techniques que stratégiques et financières. En 2009, j’ai rejoint le Groupe Enovos devenu depuis Encevo. J’ai pu y acquérir une grande connaissance du secteur de l’énergie en devenant tour à tour COO (Chief Operating Officer), CEO d’Enovos Luxembourg et membre du Comité exécutif du groupe.

En tant que nouveau CEO de Creos, je souhaite bien entendu poursuivre la politique menée par mon prédécesseur, dont je me permets de saluer ici tout le travail accompli, mais me suis également donné deux missions principales. La première consiste à faire en sorte que l’entreprise soit encore plus centrée sur le client et je peux apporter à cet égard une contribution importante grâce à mes dix années passées au sein d’une société commerciale. La deuxième vise à répondre de la manière la plus efficace possible aux nombreux défis qui nous attendent et à opérer le plus rapidement possible notre transition numérique.

Précisément, quels sont les défis futurs du marché de l’énergie ?

M.R. : Notre principal défi consistera à renforcer nos lignes pour préparer le pays à la forte demande d’électricité dans les années à venir. Au Luxembourg, la population ne cesse de croître. Elle a franchi la barre des 600.000 habitants en 2018 et devrait dépasser le million en 2060 d’après l’Institut national de la statistique et des études économiques (Statec). De nombreuses industries s’installent ou comptent s’installer au Luxembourg. C’est notamment le cas de Google avec le projet d’implantation à Bissen d’un vaste data centre.

En parallèle, l’électromobilité va progressivement gagner du terrain avec la mise en circulation de véhicules électriques toujours plus nombreux.

La future décentralisation de l’énergie représente un autre défi important. Avec l’essor des communautés énergétiques et des auto-consommateurs, la production et la distribution de l’énergie va de plus en plus se développer à travers des nœuds décentralisés. Ce nouveau développement entraînera tôt ou tard une redéfinition de notre rôle. Comment allons-nous gérer au niveau national cette multitude de petits réseaux de production et de distribution ? Devrons-nous nous limiter à n’offrir qu’un seul point d’entrée à ces communautés énergétiques locales ou, au contraire, donner à chaque utilisateur desdites communautés un accès au réseau national en cas de panne ou d’incident ?

L’ensemble de mesures importantes au sein du paquet « Une énergie propre pour tous les Européens », adopté au niveau européen en décembre 2018, aura également un impact significatif sur l’ensemble de nos réseaux. L’objectif de ces mesures est d’aboutir à une neutralité carbone d’ici 2050 grâce au passage aux renouvelables, une électrification accrue et une complète réorganisation du marché de l’électricité.

Mario Grotz : Le problème est que nous sommes confrontés, comme la plupart des gestionnaires de réseaux en Europe, à un véritable casse-tête. D’un côté, nous devons être prêts pour répondre à la demande croissante, nous adapter à l’émergence de communautés énergétiques locales et respecter les échéances fixées par l’Union européenne et par notre nouveau gouvernement. De l’autre, nous sommes freinés dans notre élan par une réglementation excessive et des procédures administratives très lourdes. Cet aspect de notre métier doit absolument être revu. Nous pouvons aller vite, très vite même, mais cela implique une simplification des formalités actuelles. Les responsables politiques doivent en être conscients, aussi bien au niveau des instances luxembourgeoises qu’européennes.

A partir du 1er janvier 2019, une nouvelle organisation a été mise en place au sein de Creos avec, notamment, la création d’un département IT dédié. Pourquoi ?

M.R. : Pour deux raisons principales. Avec une infrastructure informatique solide et propre à Creos, nous pourrons mettre en place un outil de gestion des relations clients (CRM) adapté et améliorer ainsi notre expérience clients. A l’avenir, lorsqu’un client appellera notre Contact Centre, l’opérateur pourra, d’un seul clic, accéder à toutes les informations le concernant : son contrat, ses factures, son historique de consommation ainsi que la liste de tous ses appels. Nous avons plusieurs milliers de clients. Il est de notre devoir de leur offrir le meilleur service possible.

Ensuite, nous disposons d’une masse importante de données qui va être amenée à s’accroître au fur et à mesure du déploiement des compteurs intelligents dans tous les foyers et de la multiplication des bornes de recharge pour voitures électriques. Grâce à notre département IT, nous pourrons garantir le flux des données de consommation aux fournisseurs de gaz et d’électricité et mieux répartir les demandes de charge des véhicules électriques via une plateforme à laquelle seront reliées toutes les bornes publiques et privées du pays.

Cela étant, ce n’est pas parce que nous allons mettre sur pied un département IT que nous allons nous lancer dans de vastes et complexes programmes et tout automatiser. Au contraire, nous allons clairement identifier les priorités et commencer par des solutions à petite échelle qui, si elles se révèlent satisfaisantes après une série de tests, seront extrapolées à l’ensemble de ’entreprise. Il faut bien garder à l’esprit que notre objectif premier est de simplifier au maximum l’ensemble des procédures pour pouvoir mieux traiter les données, accroître la productivité et faciliter les tâches de notre personnel. Nous avons et aurons toujours besoin de tous nos employés qui effectuent des missions très spécifiques et dans des domaines très spécialisés. L’humain reste au cœur de nos préoccupations.

M.G. : N’oublions pas non plus que notre cœur de métier reste avant tout la gestion de réseaux d’électricité et de gaz et non l’informatique ! C’est pourquoi nous n’écartons pas l’idée de collaborer avec des start-up pour qu’elles nous aident à intégrer l’intelligence artificielle au cœur de nos activités plus rapidement que si nous le faisions par nos propres moyens. C’est cette même approche plus dynamique et plus ouverte qui nous a poussé à créer, en partenariat avec Powerdale S.A., NEXXTLAB, une structure flexible qui fonctionne à la manière d’une start-up et est capable de mener à bien et dans des délais courts des projets novateurs, dont les nôtres, dans le domaine de la transition énergétique.

A l’été 2018, Ardian a cédé ses parts à hauteur de 24,92 % dans Encevo à la société étatique chinoise China Southern Power Grid. Quelles vont être à terme les répercussions de l’entrée de ce nouvel actionnaire ? Quelle expertise peut-elle apporter au Groupe Encevo, et à Creos en particulier ?

M.G. : Ardian nous avait surtout apporté un solide savoir-faire en ingénierie financière, en gestion des risques ainsi qu’en audit, stratégie et gouvernance. Avec China Southern Power Grid, nous avons un actionnaire industriel qui dispose d’un important know-how, notamment en matière de stockage d’énergie, de réseaux intelligents et de lignes à ultra-haute tension en courant continu (UHVDC). Ses connaissances et ses contacts nous seront très utiles pour réaliser plus rapidement nos projets en cours et apporter un nouveau souffle à notre vision du métier.

Mais il est encore un peu trop tôt pour décrire précisément la manière dont nous allons collaborer avec ce nouvel actionnaire. Nos deux groupes sont tellement à l’opposé l’un de l’autre, aussi bien d’un point de vue géographique, linguistique, historique et structurel qu’au niveau de nos tailles respectives. Pour donner un ordre d’idées, Creos dessert quelque 300.000 clients et China Southern Power Grid plus de 250 millions, soit presque 900 fois plus ! Il s’agit du deuxième plus grand opérateur en Chine et dans le monde.

A quoi servent les 800 millions d’euros prévus dans le plan d’investissement quinquennal ?

M.R. : Ils vont nous permettre de garantir les bonnes performances de notre réseau électrique – Creos a une durée d’interruption annuelle moyenne dans le réseau parmi les plus basses en Europe – et renforcer nos lignes pour soutenir la croissance future du pays. Le deuxième axe concernera la maintenance et l’extension partielle du réseau gaz.

Dans ce plan d’investissement sont également prévus les constructions du nouveau bâtiment administratif et centre d’exploitation à Luxembourg-Ville, du nouveau dispatching à Bettembourg ainsi que la fin des installations des 800 bornes de recharge et le déploiement complet des compteurs intelligents de gaz et d’électricité. Tous ces projets devraient être terminés d’ici fin 2020.

Les résultats de l’année 2018 ont été exceptionnels. Quels sont les facteurs qui expliquent cette performance ?

M.G. : Les dépenses d’investissement de cette année se sont élevées à 132 millions, soit un niveau jamais atteint par Creos. Il faut savoir que nous sommes dans un marché régulé où nous sommes rémunérés sur les investissements consentis.

Pour réaliser tous ces investissements, le personnel de Creos a fourni un travail considérable. Il suffit de parcourir les pages de ce rapport annuel, et en particulier celles relatives aux ouvrages réalisés et à l’évolution de nos réseaux électriques, pour s’en convaincre. Nous tenons d’ailleurs, Marc Reiffers et moi-même, à remercier l’ensemble de notre personnel. Il reste notre principal capital et sans lui, nous n’aurions pas pu réaliser cette année exceptionnelle.

M.R. : Ce qui m’a frappé le plus lorsque je suis devenu le CEO de Creos, c’est l’extraordinaire diversité des métiers exercés au sein de l’entreprise. Le secteur de l’énergie est exigeant, en constante évolution et de plus en plus complexe. Cette complexité ira en s’accélérant et exigera de notre part une profonde adaptation, voire une complète réorganisation. Mais je suis confiant dans les capacités de notre personnel. Les quelques mois passés à la tête de Creos m’ont permis d’en apprécier toute la valeur et tout le potentiel !

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