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Les pays émergents, le nouvel eldorado des réseaux intelligents ?

Tous les observateurs s’accordent à le dire : le marché des réseaux électriques intelligents – les smart grids – va connaître dans les prochaines années une expansion fulgurante dans les pays émergents. Même si les Etats-Unis et l’Europe demeurent encore aujourd’hui le foyer principal, les évolutions de marché les plus importantes sont attendues en Asie et au Brésil.

La Chine, le plus gros investisseur mondial

Pour la seule année 2013, la Chine a ainsi installé près de 250 millions de compteurs intelligents et dépensé 4,3 milliards de dollars, devenant pour la première fois le plus gros investisseur mondial de smart grids devant les Etats-Unis. En 2014, le Vietnam, en partenariat avec la Banque Mondiale, a investi 730 millions de dollars dans un projet de compteurs intelligents qui contrôleront et protègeront les nouveaux réseaux électriques du pays. L’Inde et le Brésil ne sont pas en reste non plus et visent le déploiement de respectivement 130 et 63 millions de compteurs intelligents d’ici 2021.

D’autres pays d’Amérique du Sud comme la Colombie, l’Equateur, le Chili et l’Argentine sont également des investisseurs importants dans le secteur. L’Afrique deviendra elle aussi, dans la décennie à venir, un marché clé pour l’infrastructure de réseau intelligent. L’Afrique du Sud et le Cameroun utilisent déjà la technologie des compteurs intelligents.

Une réponse aux pertes économiques et énergétiques

L’engouement des pays en développement pour les réseaux intelligents ne doit pas étonner outre mesure. Les smart grids représentent la réponse la plus adaptée aux problèmes économiques et énergétiques que connaissent actuellement ces régions. Les infrastructures y sont très anciennes, souvent obsolètes, et ne sont plus capables d’honorer une demande énergétique en croissance constante. En outre, les coupures et les fuites d’énergie sont nombreuses, surtout aux heures de pointe, et il est souvent impossible de tracer la consommation d’énergie. Il n’est pas rare qu’un seul foyer officiellement relié au réseau alimente en réalité un groupe de maisons, voire un quartier entier. Ce décalage entre consommation réelle et consommation déclarée, ajouté au vol de courant électrique, crée de sérieux problèmes de rentabilité pour les opérateurs.

Pour résoudre cette problématique, mieux maîtriser leurs dépenses énergétiques et éviter de graves problèmes de pollution – la Chine est actuellement considérée comme étant le plus grand pollueur de la planète -, de plus en plus de pays émergents investissent massivement dans cette nouvelle technologie capable de recevoir en temps réel l’information sur le débit d’énergie de chaque quartier ou unité de consommation. Les compteurs intelligents participent à l’amélioration du réseau en permettant une meilleure lutte contre la fraude et le vol, l’intervention à distance en cas de panne, une offre de services tarifaires adaptés aux habitudes de consommation des populations locales et de leur pouvoir d’achat et une sensibilisation du consommateur final à une utilisation responsable de l’énergie.

Au secours de l’or bleu

De plus, l’électricité n’est pas la seule concernée par les smart grids, la consommation d’eau peut également être contrôlée. Dans les grandes mégalopoles des pays émergents, les pertes et fuites d’eau représentent un véritable fléau. A Mumbai, en Inde, les pertes atteignaient 50% de l’eau injectée, ce qui représentait plus de 700 millions de litres d’eau perdus par jour. Après l’installation des compteurs intelligents, les pertes et fuites d’eau ont été réduites de moitié en seulement trois ans.

Si les pays émergents ont tout intérêt à investir dans les réseaux intelligents pour les raisons évoquées ci-dessus, cette intégration ne se fera pas sans difficultés. Ces pays accusent encore de grandes faiblesses technologiques. Par exemple, le cloud computing, qui permet de stocker à distance un très grand nombre de données, n’est pas une technologie très répandue en Amérique latine, en Afrique et dans une grande partie de l’Asie. Or, sans data center, il sera difficile de traiter et d’analyser les masses de données (big data) fournies par les compteurs intelligents. Une autre denrée qui risque de faire cruellement défaut, c’est celle des compétences. Les smart grids imposent en effet le croisement de compétences entre énergéticiens, opérateurs télécoms et entreprises de nouvelles technologies. Autant de métiers qui ne bénéficient pas nécessairement d’une formation adéquate dans tous les pays émergents.

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