Innovation & TechnologiesLe monde de l'énergie

La batterie au lithium va-t-elle révolutionner le monde de l’énergie ?

En mai 2015, Elon Musk, le très médiatique patron des voitures Tesla Motors, annonçait le lancement d’un produit qui allait, selon lui, bouleverser le secteur de la distribution d’électricité et faciliter la transition vers une énergie durable : le Powerwall. Tesla Powerwall est une batterie lithium-ion (ce qui signifie que le lithium reste à l’état ionique). Rechargeable, elle permet de stocker l’énergie fournie par les panneaux solaires ou le réseau électrique pendant les heures creuses et de la délivrer ensuite pendant les heures pleines. Equipée de panneaux solaires et d’un onduleur qui convertit le courant continu des panneaux ou de la batterie en courant alternatif pour les usages domestiques, la batterie optimise l’autoconsommation d’énergie photovoltaïque et peut également servir en cas de coupure de courant.

Le lancement de ce produit fut un tel succès – quelque 38.000 exemplaires auraient été vendus en précommande en quelques semaines à peine – qu’une deuxième version est déjà en préparation. Présentée comme ayant de meilleures fonctionnalités, cette nouvelle batterie sera produite dans l’usine géante (la Gigafactory) de Tesla au Nevada (Etats-Unis) qui fabriquera d’ici 2020 autant de cellules lithium-ion que le monde en a produit en 2013 !

La course au gigantisme

Ce gigantisme, qui sera bientôt suivi par d’autres comme Daimler en Allemagne ou LG et Samsung en Corée, n’est pas le fruit du hasard. Jusqu’il y a peu, les batteries lithium-ion, utilisées principalement dans les smartphones et les ordinateurs portables, présentaient de nombreux inconvénients : une capacité de stockage limitée, un coût important et un temps de recharge relativement long. La production à grande échelle est en train d’éliminer ces soucis. En effet, plus le nombre de cellules produites augmente, plus la compréhension et la performance s’améliorent. Devenu moins cher et plus performant à condition d’être produit à grande échelle, le lithium va progressivement supplanter le marché des batteries rechargeables au détriment du plomb : alimentation de secours, vélos électriques, onduleurs, antennes-relais, appareils médicaux.

La baisse des prix des batteries lithium-ion va également avoir un impact sur l’essor des voitures électriques et sur le marché embryonnaire du stockage et de la distribution de l’électricité. Déjà, des compagnies de distribution d’énergie sont en train d’installer des millions de cellules au lithium dans des centrales pour réguler l’approvisionnement durant les heures de forte consommation ou quand la production d’énergie fluctue, en raison de vents insuffisants ou de rendement moindre de l’énergie solaire. La Californie a ainsi ordonné aux compagnies électriques de l’Etat de mettre à disposition 1,3 gigawatts de capacité de stockage pour l’électricité non hydraulique dans les 5 années à venir.

Vers une pénurie à long terme ?

Mais le chemin à parcourir est encore long. A l’heure actuelle, les batteries au lithium n’ont pas encore la capacité de stocker l’électricité à l’échelle des réseaux de distribution pendant plus que quelques heures. Les sources d’approvisionnement en lithium ne sont pas non plus inépuisables. Nul ne sait aujourd’hui si les réserves de ce métal alcalin, principalement extrait des lacs salés en Amérique du Sud (Bolivie, Argentine et Chili), seront suffisantes pour produire des milliards de batteries.

On en arrive ainsi à un paradoxe : les batteries au lithium faciliteront peut-être dans le futur la transition vers une énergie plus propre et plus durable mais leur production posera également à terme un problème écologique car elle participera à la disparition accrue des métaux rares. Et cette disparition ne sera pas sans conséquence pour notre planète.

Join the discussion

Your email address will not be published. Required fields are marked *

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.